Les deux bossus d’Yvoy

bossu

«Ca s’passait à Miberlan. Y a un chêne là. Alors là, les sorciers, paraît-i’, i’ s’rendaient là la nuit, et pis, i’ s’mettaient à danser autour du chêne entre onze heures et minuit.

Si vous passiez là, dam’ben vous pourriez vous trouver ensorcelé. Toutes les d’canailles, i’ les avint… Pis, i’ chantaient, en dansant en ronde : Lundi, mardi, mercredi ; lundi, mardi, mercredi…

Un biau jour, y a un bonhomme qu’était bossu à Yvoy-le-Marron. Alors, i’ s’trouve à passer par là, lui. Ben i’ dit :

– Et jeudi, on l’dit don pas ?

– Ben, i’ l’ont dit, qui qu’on va i dire ? Qui qu’on va i faire à c’ui-là en-pour qu’i nous a appris ça ?

– Ah, y en a un qui dit, on va i enl’ver sa bosse ? L’y ont enl’vé sa bosse paraît-i. Quand il est rentré à Yvoy, il’tait content, il avait pus d’bosse.

L’aut’ bossu l’rencont’ :

– ben mince, i’ dit, qui qu’t’as fait d’ta bosse ?

– Ben, i’ dit, mon vieux, l’aut’ jour j’suis passé au chêne des sorciers à la voie d’Miberlan et pis i’ m’l’ont enl’vée !

– Mais qui qu’t’as fait pour qu’i’ t’l’enlèvent ?

– Ben, i’ dit, i’ chantaient en dansant : Lundi, mardi, mercredi. Ben, i’ dit : et jeudi on l’dit pas ? ben pour i’ avoir appris ça i’ mont enl’vé ma bosse.

– Ben, i’ dit, mince, moi, j’va y aller aussi ! I’ r’tourne à son tour, les entendant chanter : Lundi, mardi, mercredi, jeudi ; lundi, mardi, mercredi, jeudi…

– Ben, et vendredi ? Ah ! oui, mais à c’moment-là, c’était p’t’être un peu religieux, un jour qu’i’ fallait pas dire, un jour maigre. Ah ! il a été bien r’çu, lui !

– Qu’tu viens nous emm… là, toi ? i’ y ont dit. Qui qu’on va faire à c’ui-là ?

I’ y en a un i’ dit :

– Ben, on va i’ coller la bosse de l’aut’ par-dessus la sienne !

Autrement dit, dans l’village d’Yvoy, il y avait toujours deux bossus, l’un sans bosse, l’autre avec deux.

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D’après la Société des Sciences et des Lettres du Loir-et-Cher. On retrouve cette légende dans d’autres région de France : en Normandie avec des lutins, en Bretagne avec des korrigans et sans doute ailleurs !

 

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